LE MOT DU PRÉSIDENT
SORTIR DE
L’ISOLEMENT
Depuis le 05 juin 2003, SOLID’AIR a une existence légale. Cette association loi 1901 permet désormais aux militaires de l’Armée de l’air, parents d’enfants handicapés, de s’entraider, de communiquer entre eux, de faire part à leurs collègues de leurs difficultés ou de leurs réussites afin que chaque expérience individuelle soit utile à la communauté. Il s’agit, en fait, de réaliser un réseau national d’entraide, de communication et de solidarité. Les actions de SOLID'AIR ont d'ailleurs été très vite étendues au personnel civil et aux militaires des autres armes qui travaillent dans un établissement de l'Armée de l'air.
Beaucoup d’entre nous ont entamé leur carrière alors qu’ils étaient très jeunes, les études à peine terminées voire interrompues. Après quelques années passées à apprendre le métier, à confirmer l’envie de servir, le temps est venu de fonder une famille. Si, par la suite, l’enfant fut attendu, souhaité, le handicap ne l’était pas. Il est survenu comme une catastrophe, dés la naissance, à cause d’une maladie ou à la suite d’un accident. Le diagnostic est tombé comme un couperet : « votre enfant ne sera jamais comme les autres ».
C’est là qu’a commencé un parcours du combattant qui n’a rien à voir avec celui qui nous terrorisait durant notre formation militaire. J’aurai et vous aurez l’occasion de décrire la débauche d’énergie, de patience et d’amour que nécessite le maintien au meilleur niveau de santé et de dignité de cette jeune vie brisée. A côté d’un tel combat, le travail quotidien, aussi difficile soit-il, devient un moment de répit appréciable.
Notre profession exige de notre part une disponibilité quasi permanente afin que nous soyons constamment en mesure d’améliorer nos connaissances, d’assurer notre travail « en tous temps et en tous lieux ». Notre culture nous impose donc de « laisser nos problèmes au poste de police ». Nous ne pouvons cependant pas avoir les mêmes préoccupations que nos camarades. Comment pourraient-ils comprendre que le simple fait de participer à une sortie de cohésion représente un sacrifice personnel et un gros travail d’organisation au sein du foyer ? Peuvent-ils imaginer que partir plusieurs semaines en mission ou en formation génère des angoisses irrépressibles alors que le conjoint reste seul à assumer le handicap ?
Alors on se tait, on fait son travail et personne ne se doute de rien. Isolés, critiqués parce qu’il nous arrive d’avoir la tête ailleurs ou parce que les nombreux rendez-vous avec les spécialistes ont lieu pendant les heures de service, on continue. Les plus solides, moralement et physiquement atteindront la fin de carrière, tant bien que mal. D’autres craqueront et finiront par démissionner, ajoutant à leur drame les risques liés à l’instabilité professionnelle.
J’ai pris, depuis plusieurs années, le parti de parler de l’autisme de mes fils. Contrairement à ce que je craignais, j’ai été écouté sans compassion. La plupart de mes subordonnés, de mes collègues, de mes chefs ont montré de l’intérêt. Beaucoup d’entre eux m’ont fait l’amitié de demander régulièrement des nouvelles de mes enfants. J’ai pu, dans ces échanges, puiser une énergie nouvelle pour continuer mon combat et donner professionnellement le meilleur de moi-même.
L’un des objectifs de notre association sera certainement de vous aider à établir cette communication afin que nous puissions travailler dans un milieu plus enclin à comprendre ou à admettre nos difficultés, rejetant définitivement l’image de « cas sociaux » qui nous colle à la peau et que nous refusons.
Parents d’enfants handicapés, vous savez plus que tout autre ce que signifient les expressions « don de soi », « abnégation » et « courage ». Nous sommes autant professionnels que nos camarades et nous avons décidé, malgré le destin qui nous accable, de demeurer au service de notre pays. C’est cette image que nous voulons donner de nous même désormais.
Bernard LION