LA SCHIZOPHRENIE

Sommaire

La maladie
 La conduite à tenir
 Les traitements

LA MALADIE

Qu’est-ce que la schizophrénie ?

Le terme schizophrénie provient du grec Schizein, fendre et Phren, esprit. Dans cette maladie on parle de dissociation de la personnalité, l’esprit est divisé. La schizophrénie se manifeste par des troubles de la pensée, une perte de contact avec la réalité, des émotions inappropriées, des hallucinations, des idées délirantes. Elle s’accompagne toujours d’anomalies du comportement qui perturbent les relations du malade avec sa famille, son activité professionnelle, son fonctionnement social. Cette affection est aussi déroutante qu’inquiétante, d’autant que les comportements du malade paraissent souvent bizarres, imprévisibles, inexplicables.

Quels sont les symptômes ?

Les hallucinations sont des perceptions d’évènements qui n’existent pas dans la réalité. Elles peuvent intéresser les cinq sens. Ces hallucinations ne sont pas toujours désagréables mais peuvent, dans certains cas, devenir terrifiantes. Un schizophrène peut vivre Auschwitz tous les jours dans sa tête, il vit un cauchemar éveillé.

Les délires sont des idées, des convictions personnelles erronées. On ne peut pas logiquement raisonner avec le malade, même confronté à des preuves concrètes, il continue à soutenir fermement ses idées. Les délires peuvent être de grandeur, de persécution, de religion, d’empoisonnement.

La désorganisation de la pensée se manifeste par un décrochage scolaire, un repli sur soi. Le discours devient vague, illogique, parfois incompréhensible. Le schizophrène n’arrive pas à faire le tri de ses pensées tellement elles sont parasitées.

La désorganisation affective atteint les sentiments. L’amour et la haine ne font plus qu’un. Un malade peut être agressif et violent envers ses parents alors que, paradoxalement, il est incapable de vivre sans eux, c’est l’ambivalence. Ceci induit chez les proches une souffrance morale et peut amener au rejet, à la culpabilité.

Quel est l’évolution et le pronostic de la maladie ?

La moitié des cas de schizophrénie débute en quelques jours, voire semaines. L’autre moitié s’installe plus insidieusement en quelques mois, voire années. La maladie peut apparaître à l’adolescence, à la jeune vie d’adulte. L’évolution est variable et dépend de la prise du traitement neuroleptique, de l’accompagnement des professionnels de la santé mentale et de la famille. Elle est favorable en quelques mois ou années dans plus de la moitié des cas. La maladie s’estompe progressivement avec l’âge. Il existe quelques cas de rémission de la maladie.

Quel est la cause de la schizophrénie ?

La schizophrénie est une maladie psychique dont l’origine n’est pas totalement comprise. La seule certitude actuelle, est qu’il n’existe pas une cause unique des troubles schizophréniques. De nombreux facteurs de risque sont impliqués dans la survenue de la maladie et seule l’association de plusieurs de ces facteurs, chez une même personne, entraîne l’apparition de troubles. L’association d’une vulnérabilité biopsychologique avec un stress environnemental peut amener à la schizophrénie.

La vulnérabilité biopsychologique s’explique par un dysfonctionnement des circuits neuronaux régulés par la dopamine, des troubles de l’attention, l’hérédité.

La dopamine est un neuromédiateur qui module le fonctionnement des neurones. Un excès de dopamine serait responsable des délires et des hallucinations. Un défaut de ce neuromédiateur engendrerait, des difficultés cognitives, un repli sur soi, amènerait la lenteur chez le malade. Les troubles schizophréniques seraient liés à des déséquilibres dans l’activité des systèmes de transmission entre les différentes régions du cerveau.

Les troubles de l’attention sont dus à l’afflux trop important d’informations arrivant au cerveau. Celui-ci sature et met plus de temps à faire le tri des informations.

Un facteur d’origine génétique a été suggéré lors d’une étude sur les jumeaux. Chez les faux jumeaux, si l’un est schizophrène, le second risque de développer la maladie dans un cas sur sept à dix. Chez les vrais jumeaux ce chiffre passe à une chance sur deux à trois. La nature de ce qui est transmis est indéterminée. Actuellement, on est certain qu’il n’existe pas un gène ou un chromosome responsable de la schizophrénie mais, qu’il existe un facteur héréditaire qui ne peut à lui seul expliquer la survenue de la maladie. Les malades sont souvent des personnes créatives et hypersensibles, qui sont issus de famille déjà créative.

Quant au stress environnemental, il peut provenir des pressions familiales, des évènements de la vie, du travail. Les stress familiaux influent sur la fréquence ou la survenue de rechutes, mais ne sont en aucun cas la cause de la maladie. Les évènements de la vie sont caractérisés par la rupture d’une relation affective, un échec à un examen, la perte d’un emploi. Le schizophrène est un sujet qui a une vulnérabilité excessive au stress de toute sorte.

Quelques rumeurs à démentir.

La schizophrénie est une maladie rare. Non, on évalue à 1% le risque de développer cette maladie. Cependant les formes les plus sévères sont en diminution.

La schizophrénie ne touche que les milieux sociaux défavorisés. Non, elle se déclenche quel que soit le milieu social, le sexe, le rang dans la fratrie. Cependant les schizophrènes ont tendance à se marginaliser, à se clochardiser à être délaissé par leur entourage.

Les schizophrènes ont une double personnalité. Non, le patient se souvient du véritable cauchemar qu’il vit ou qu’il a vécu, et ce malgré la désorganisation de ses émotions.

 Les schizophrènes sont dangereux pour leur entourage. Non, il est démontré statistiquement que les schizophrènes ne sont pas plus violents que la population en général. Cependant, chez certains patients, lors des phases aiguës d’hallucinations et de délires angoissants, le passage à l’acte violent peut être imprévisible.

 Les schizophrènes menacent de se suicider mais ne le font pas. Non, le taux de suicide est trente fois plus élevé que dans la population générale. Ils peuvent se suicider lors d’hallucinations et de délires insupportables. Dans la plupart des cas, le suicide a lieu après l’expérience aiguë. Il résulte du traumatisme qu’engendre la maladie.

La schizophrénie est une maladie culturelle. Non, car elle touche toutes les couches de la société, des USA à la Russie, de l’Europe au Japon, de l’Inde à l’Afrique.

 La schizophrénie est due à l’attitude des parents lors de la petite enfance, elle est contagieuse, elle est due à des substances toxiques d’origine alimentaire, bactérienne. Non !

La drogue peut rendre schizophrène. Rien ne permet de l’affirmer. Cependant, en cas d’absence de traitement neuroleptique, les symptômes hallucinatoires et délirants sont précipités par la prise de drogue.

LA CONDUITE A TENIR

Les signaux d’alerte.

En général, les principaux signes d’alerte sont l’insomnie, l’exacerbation de l’angoisse, le manque d’énergie, l’intensification des troubles de l’attention, le repli sur soi plus marqué. Lors d’épisodes aigus, un certain degré d’agressivité est fréquent, celle-ci se traduit toujours par un degré de souffrance intérieure qui devient insupportable. Une agitation incessante, des déambulations répétitives sans but précis, un discours de plus en plus vague et incohérent, un refus du contact par exemple doivent alerter l’entourage.

L’hospitalisation.

En cas de crise aiguë une hospitalisation est souvent nécessaire. Au cas où le schizophrène accepterait sa maladie, il demandera à voir son psychiatre qui adaptera le traitement et ou l’hospitalisation en fonction du besoin. Le malade, dans ce cas, sera maître de sa sortie.

Au cas où le patient dénierait sa maladie et son état, une hospitalisation sous contrainte est nécessaire. Celle-ci peut être initialisé par la famille ou toute personne connaissant le malade. C’est l’hospitalisation à la demande d’un tiers. Celle-ci est traumatisante pour le malade et pour celui qui la déclenche. Ce traumatisme disparaît rapidement car malgré les apparences, le malade ressent que quelque chose cloche en lui. Le schizophrène  n’arrive pas à exprimer son mal être et en fait, il attend qu’on lui vienne en aide.

En cas de graves troubles à l’ordre public ou lorsque l’hospitalisation à la demande d’un tiers risque de porter préjudice à la personne qui signe, l’hospitalisation d’office est prononcée par les autorités préfectorales.

Dans ces deux cas d’hospitalisation, à la demande d’un tiers et d’hospitalisation d’office, le malade n’est pas décisionnaire de sa sortie.

LES TRAITEMENTS

Les différents traitements peuvent être résumés de la façon suivante :

Les neuroleptiques.

Leur découvert remonte aux années 50. Ils furent les premiers médicaments psychotropes modernes, découverts avant les antidépresseurs et les tranquillisants. Les neuroleptiques agissent en se fixant au niveau des récepteurs du cerveau. Ils modifient et influences le fonctionnement des neurones et les circuits dont les dérèglements sont à la source de désordres psychiatriques.

Leur action est réversible et fonctionnelle, c’est à dire qu’avec l’arrêt de leur prise leurs effets s’estompent en quelques semaines et qu’ils n’induisent pas de modifications anatomiques des neurones. Les neuroleptiques ne soignent pas la cause de la maladie mais ses symptômes. Ils ont une action préventive sur les rechutes. Leur action n’est pas toujours immédiate, il faut parfois quelques semaines, voire quelques mois, pour obtenir l’optimum de leur effet thérapeutique.

Ce ne sont pas des drogues. Ils ne modifient pas la personnalité du malade, il n’y a pas d’effet d’accoutumance, de tolérance et de dépendance. Ils permettent, outre d’atténuer les symptômes, de lutter contre la désorganisation psychique du patient sans transformer sa personnalité.

Les traitements au long cours se justifient par leur action préventive sur les rechutes de la maladie. De faibles doses protègent de la rechute, alors que si celle-ci s’installe, elle est en règle générale plus sévère. Il faut des doses plus importantes de médicaments et attendre à nouveau le délai d’action.

Il est indiscutable que les neuroleptiques ont de nombreux effets secondaires. La conduite thérapeutique résulte d’un compromis entre quelques effets secondaires supportables et non dangereux et l’amélioration que le malade est en droit d’espérer. Il existe des traitements correcteurs à ces effets indésirables. Chaque malade n’est pas sensible à chaque effet secondaire dont la liste suivante risque de faire frémir :

Les psychothérapies.

Elles font partie intégrante de la relation du patient avec son psychiatre. Si la poursuite durable d’un traitement médicamenteux est indispensable, le rôle du thérapeute ne saurait se limiter au simple renouvellement des ordonnances.

Le psychiatre se doit de rester à l’écoute, d’apprendre à connaître son patient en tant qu’individu afin de lui offrir l’occasion de se reconstruire.

Dans certains cas peut être proposée une psychothérapie familiale qui nécessite l’implication de l’ensemble des membres de la famille afin d’analyser la manière dont communique la famille en tant que microsociété et ainsi de modifier les dysfonctionnements les plus manifestent.

Une association offre aux familles une information sur la maladie donc une meilleur compréhension de celle-ci. Des groupes d’entraide, supervisés par un spécialiste, permettent le partage des expériences vécues, de répondre aux interrogations, de sécuriser les familles et enfin d’amener celles-ci à mieux comprendre et soutenir leur proche malade. Cette association est:

                                                                                           l’UNAFAM,
                                                                        12, villa Compoint – 45017 PARIS.
                                                                        Site Internet : http://www.unafam.org
                                                                                E mail : infos@unafam.org

Les sociothérapies.

Dans cette maladie, il faut laisser le temps au temps, car rien n’est fatal ni irréversible. Cependant lorsque l’évolution semble se figer, il est souhaitable de prévoir des prises en charge dans des centres spécialisés axés vers la réinsertion sociale.

Ces centres permettent aux malades de retrouver les repères de la vie quotidienne, horaires, organisation d’un emploi du temps par exemple. Ils leur offrent la possibilité de revaloriser l’image, souvent bien mis à mal, qu’ils ont d’eux même.

Selon la gravité de leur maladie, certains schizophrènes peuvent travailler dans des conditions quasi normales. Dans les cas les plus sévères, après une reconnaissance par la CDAPH, une orientation vers un emploi protégé, un atelier protégé ou un centre d’aide par le travail est possible. Cela permet aux patients de retrouver une dignité sociale à laquelle ils sont sensibles. Parfois aucun travail n’est possible, bon nombre de malades arrivent à mener une vie harmonieuse, bien que restreinte, grâce aux aides auxquelles ils ont légitimement droit, pension d’invalidité, allocation pour adultes handicapés.

Au niveau de la sécurité sociale, la schizophrénie fait partie des maladies prises en charge à 100%.